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Journal de citoyen bordelais re-déconfiné et déconfit

Journal de citoyen bordelais re-déconfiné et déconfit

Chronique d'humour parfois noir sur la crise de la Covid-19 (20, 21, 22...) et pour oublier la guerre nucléaire à nos portes


Des problèmes et des solutions

Publié par Fred Desk sur 3 Décembre 2022, 12:41pm

Belin-Béliet, novembre 2022

Belin-Béliet, novembre 2022

« Quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes torts. » Raymond Devos, humoriste franco-belge (!), qui aurait eu un siècle cette année.

Chers contemporains, vous voulez que je vous dise franchement ce que je pense de vous ? Vous me fatiguez, avec votre permanent scepticisme facile et ce fatalisme paresseux et conservateur qui vous caractérisent. Vous n’êtes pas « animés », dans le sens où rien ne vous pousse à l’action, pas même ces mots d’un politicien opportuniste converti en représentant de commerce écologiste, feu Jacquot Chiraque : « La planète brûle et nous regardons ailleurs. » C’était il y a vingt ans, et vous n’avez pas changé vos habitudes, ou alors, bien à la marge.

Non, je ne me mets pas dans le lot, car mon petit égo et moi, nous nous informons et agissons depuis longtemps (quarante ans exactement), quoique jamais assez, faute de suite dans les idées et de courage pour sortir du modèle dominant. Né dans un monde de fulgurant progrès des sciences avec un revers de la médaille bassement consumériste, je me soigne depuis ma pré-adolescence en m’engageant pour notre Terre. Cela dit, je me suis souvent senti bien seul avec René Dumont, dans une masse inerte, mal informée, et parmi les incorrigibles verdâtres de l’écologie politicienne.

Cela dit, j’aurais totalement tort de croire que je prêchais alors dans un désert. J’ai participé humblement à une lente prise de conscience des enjeux du dérèglement climatique, des mensonges économico-politiques et de la nécessité d’un développement enfin soutenable. Les solutions raisonnables à nos problèmes planétaires existaient déjà, ces alternatives sont désormais à l’oeuvre malgré tout. Pourtant, nous devrions drastiquement accélérer le mouvement, moins nous comporter comme des capricieux inconséquents et combattre les faux prophètes et les désinformateurs. Cela urge, réellement !

L’exemple béton

Manu Macron a récemment rencontré les industriels les plus pollueurs du territoire métropolitain (pas ceux qui salopent le reste du monde, n’exagérons pas), pour leur demander gentiment de faire des efforts. Parmi eux, les cimentiers enregistrent de piteux résultats environnementaux. Produire du ciment est très énergivore et émetteur de gaz à effet de serre. Sa fabrication éparpille 2,3 milliards de tonnes de gaz carbonique par an, soit 6,5 % des émissions mondiales. Cela dit en passant, pour information ou rappel, le béton n’est pas un bon isolant thermique. 

Le béton tel qu’il est fabriqué depuis le dix-neuvième siècle est donc particulièrement sale, au propre comme au figuré : Lafarge, multinationale française classée numéro 2 mondial du ciment, a été condamnée pour son soutien à des organisations terroristes en Syrie. C’était pour se permettre d’y poursuivre tranquillement son activité lucrative, ce qu’elle fait, business as usual. Plus près de nous, à soixante bornes de Bordeaux, à Bussac-Forêt en Charente, la cimenterie Calcia (groupe allemand Heidelberg, numéro 4 mondial) fait partie des championnes de la pollution industrielle. Dans tout l’Ouest et le Sud-Ouest, ces unités sont parmi les plus polluantes. Alors, qu’y faire ? 

En 2018, l’Association mondiale du ciment (WCA) reconnaissait que les techniques utilisées pour réduire la pollution des cimenteries « ne permettent d’atteindre que 50 % de l’objectif de réduction de CO2 de l’accord de Paris », et appelait ses membres à « intensifier ses efforts pour adopter plus rapidement des nouvelles technologies » de réduction des émissions de CO2. Des solutions sont « à l’étude » pour réduire l’impact environnemental de ces unités et produire des bétons spéciaux, voire « intelligents » (sic). Le béton de granulat ou autres matériaux recyclés se développe. Bouygues promeut son béton « bas carbone », en réalité avec un impact carbone plus faible, il ne faut pas rêver, non plus ! 

Eh bien, voilà ! Qu’est-ce qu’on attend pour faire sa fête au vieux béton de merde et privilégier les ciments de nouvelle génération, voire des techniques de construction plus respectueuses du milieu ? Logique implacable : où c’est encore possible et tant qu’on le peut, on continue de fabriquer à l’ancienne, c’est bien moins coûteux et c’est beaucoup plus rentable. Et comme les normes ne s’appliquent pas à toute la planète, on se permet d’aller polluer ailleurs, on « achète » même des droits à souiller en toute impunité. Le tout en faisant du greenwashing à la maison.  

Vieux fossiles

Pour les énergies fossiles, c’est du pareil au même : on connaît bien l’impunité des états producteurs et des compagnies pétrolières et gazières. Il ne faut surtout pas toucher au « Big Oil », le lobby des poids lourds privés de l’énergie (Exxon, Shell, Chevron, Total, BP, etc.), désormais rejoint par les compagnies d’État, notamment en Chine et au Moyen-Orient. De leur côté, les constructeurs automobiles vont jusqu’au bout du filon du moteur à explosion initié au début du siècle dernier par Ford. Par exemple, Renault développe un moteur thermique avec la Chine, histoire de vendre des véhicules polluants dans les pays en voie de développement. Nous irons allègrement jusqu’au mur, sans le contourner. 

Ancien combattant de « l’éco-totalitarisme » (je préfère en rire !), je me souviens qu’au début des années 1990, le précurseur salon Horizon Vert de Villeneuve-sur-Lot avait abordé ce « modèle automobile » mortifère, affirmant que les technologies alternatives au moteur à explosion étaient au point, avec l’électricité et l’hydrogène. Cependant, les constructeurs ne voulaient surtout pas les promouvoir, préférant la rentabilité du bon vieux moteur thermique, malgré les dégâts causés à l’environnement. On avait largement le temps avant l’extinction complète des ressources en or noir, prévue à l’époque pour les environs de 2050. 

Trente ans après, on dénigre aveuglément le moteur électrique et ses batteries « qui polluent », alors qu’une étude de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) démontre que si l’on prend en compte la durée de vie d’un véhicule et même son recyclage, l’impact environnemental d’une voiture électrique ou hybride est bien moindre que celui d’une charrette à moteur thermique. Ce qui est une réalité, c’est que produire de lourds SUV électriques est une hérésie, mais voyons, petit naïf que je suis, j’oublie que cela rapporte énormément aux constructeurs et donne tellement bonne conscience aux acheteurs argentés. Ils profitent même de primes à l’achat ! On ne prête qu’aux riches.

Le tout, en poussant des cris d’orfraie quand les intégristes écolos, ces féroces soldats de la ridicule décroissance, menacent le fier outil industriel et l’emploi dans nos campagnes, aux armes citoyens, et caetera. « La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. » Sylvain Tesson, toi qui as commis « La panthère des neiges », pamphlet si magnifique, sobre et et édifiant, comment peux-tu parler pour ceux qui ont presque tout et en abusent, et pas pour ceux qui n’ont presque rien et que nous nions, y compris chez nous ? 

Ignorance programmée

Oui, l’enfer est à nos portes, et oui, nous détournons le regard, profitant d’un soi-disant paradis en danger vital et refusant en toute connaissance de cause, avec tous les bons prétextes, une véritable transition écologique qui nous permettrait de sauver les fesses des générations à venir. D’après l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), 39% des Français ne savent pas que le dérèglement climatique est lié à l’activité humaine. Sont-ce les mêmes compatriotes que l’on abreuve de pains, de jeux et de démagogie pour leur faire oublier ce qu’il est à la mode d’appeler la « sobriété subie » ? Parlons plutôt de pauvreté économique et culturelle. Un pauvre, ça ne réfléchit pas, ça subit.

Le chaos informationnel a une vertu : le statu quo pour les nantis, ce n’est pas perdu pour tout le monde. Risquons-nous à une ultime information destinée à un maelström influent, béat d’auto-satisfaction et de morgue, qui, lui, a pourtant les moyens de bien s’informer entre ses excès de vitesse et de richesse, et qui est en possession des leviers qui pourraient faire évoluer la situation : la probable augmentation de deux degrés en moyenne sur la surface du globe entraînera une élévation de six mètres du niveau de la mer. Le ghetto doré du Mimbeau au Cap Ferret sera définitivement sous les eaux et ses spritz auront un goût saumâtre. À la vôtre !

 

Pour aller plus loin et plus vite, tout en demeurant intelligents, deux livres indispensables de Fred Vargas chez Flammarion : 

L’humanité en péril. Virons de bord, toutes ! (2019)

L’humanité en péril, 2. Quelle chaleur allons-nous connaître ? Quelles solutions pour nous nourrir ? (2022)

 

et les documentaires de Cyril Dion : « Demain » (2015) et « Après demain » (2018).

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